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Une Légende !

 La Légende du Pastis

« Pour faire une bonne bouillabaisse,
« Il faut se lever de bon matin,
« Préparer le pastis et … »
Au fait, monsieur Brun, le pastis … vous connaissez, et même… vous l’aimez bien, hein ? …. Eh ! bien, monsieur Brun, non vous ne le connaissez pas ! Parce que le pastis …c’est une légende ! Le pastis c’est un rite ! Le pastis c’est …monsieur Brun, approchez-vous… je peux pas le crier sur les toits, …. le Pastis c’est comme une religion !
Ah ! Monsieur Brun ! Il faut être provençal pour ….peuchère !! Vous, à Lyon, vous le buvez …mais vous ne le connaissez pas parce que vous n’avez pas …le RITE ! Tenez monsieur Brun, vous êtes sympa… je vais vous le dire …après, vé, vous aurez peut-être bien « l’assent » en le buvant !
Le pastis, c’est la boisson provençale par excellence. Moi qui suis catalan, je le connaissais bien sûr… comme vous te ! Mais j’ai épousé une fille de Provence et là…. je suis entré dans le cercle du pastis, et même dans le premier cercle ! Je vous dirais qu’au début j’étais un peu affolé et j’en arrivais même à me demander si cette « religiosité » ne cachait pas quelque penchant caché pour une sorte d’alcoolisme de bon aloi !
Eh ! Bien, non ! Mon initiateur était aussi sobre qu’un chameau du Ténéré, mis a part la dégustation d’un cru de bonne tenue lors de repas de fête ou bien le dimanche aussi .Par ailleurs il faut vous dire que cette « religion » ne se célèbre bien que durant l’été provençal (qui comme chacun le sait est assez …chaud !) et
dans un environnement lui aussi très particulier, en l’occurrence la campagne hors les murs où l’on passe les vacances et mois de canicule en famille. Voisin de mon mentor, j’ai eu tout le temps de me familiariser avec cette curieuse « liturgie » et je suis vite devenu un adepte pratiquant de ce que j’ai appelé le « RITE Pastisien » !
Imaginez donc une belle journée d’été, à la Campagne, le maître de céans est revenu de la ville après sa journée d’activités, il a revêtu la tenue décontractée adéquate et il rejoint, à l’ombre d’un olivier (arbre hautement méridional) les membres de la famille ..et le voisin, admis à cette célébration.
Je dois d’abord préciser que le mas comportait une cave, en sous-sol voisinant avec un puits dont l’eau, remarquablement fraîche, devait venir, par une suite de diaclases, directement des alpes. C’est en tout cas ce que nous avons toujours cru. Il n’y a que la foi qui sauve !
Le décor : sous l’arbre un guéridon rond, de bistrot bien entendu, un fauteuil de jardin pour le Maître, d’ autres sièges plus modestes, les verres à pastis, une carafe vide, devant les adultes deux bambins, les petits fils du maitre de maison, avides de savoir, et d’ailleurs chargés de tâches bien précises !
Ouvrez le ban ! L’action va démarrer !
« Enfants ! – ainsi mon hôte les nommait-il – Enfants, la Bouteille et l’eau« . Démarrage des deux loupiots sur les chapeaux de roues, l’ainé chargé de ramener la bouteille (de pastis) qui était dans la cave, le plus jeune la carafe d’eau fraîche, puisée directement au puits. Retour à la table où ils avaient l’insigne honneur d’assister à tout le déroulement du RITE.
Dans un silence quasi religieux, le maitre (que nous nommerons « Jean » pour la commodité de l’écriture) se saisissant de la bouteille versait avec lenteur et componction le breuvage ambré dans son verre, puis dans ceux des commensaux, réussissant avec une habileté extraordinaire et sans en avoir l’air un decrescendo de chaque dose (ce qui fait que je l’ai toujours soupçonné d’avoir
quelques gênes nobiliaires qui trouvaient à s’épanouir en cette occasion !) Venait alors la phase extraordinaire du « Versement de l’Eau« . Saisissant la carafe d’une seule main, Jean laissait lentement tomber un filet d’eau, de très haut sur le nectar qui peu à peu se brouillait jusqu’au degré exact de coloration qui indiquait
le pourcentage optimum de mélange des deux liquides. J’ai toujours admiré cette maîtrise, que je n’ai jamais réussi à égaler et j’ai aussi été fasciné par ce filet d’eau glougloutant au fond du verre et faisant naître des bulles qui, en crevant, exhalaient tous les parfums de la Provence !
Premier service ! Car imaginez-vous bien que « l’Office » comportait trois services ! Ce premier verre était assez vite (enfin relativement… vite) expédié, comme une entrée en matière, un lever de rideau, une mise en bouche dirais-je …si j’étais bling-bling !
Il portait d’ailleurs un nom bien explicatif : c’était le « Verre pour la Soif » ! Une manière de se mettre en selle, d’assurer son assise, de mettre en harmonie toutes les papilles gustatives pour que le round suivant soit à la hauteur du nectar opalescent. Entre temps le jeune-en-charge de l’eau était parti renouveler le contenu de la carafe au puits magique, car, comme tous les grands amateurs le savent, le Pastis ne supporte pas le glaçon mais exige une fraicheur
millimétrée, exactement celle délivrée par le puits. Du moins d’après l’assertion définitive de Jean, indéfectible défenseur de son puits !
Deuxième service ! Ayant renouvelé la cérémonie du remplissage et chacun bien calé sur son siège, le silence jusque-là respecté n’était plus de mise et chacun, tout en sirotant de façon gourmande son breuvage anisé, pouvait se laisser aller à s’exprimer sur sa journée ou quelqu’autre sujet que ce soit, le maître de céans ayant, il va de soi, toute latitude à diriger les conversations ! C’était la partie conviviale du Rite, partie n’ayant aucunes règles de durée bien établies ! Pour bien marquer l’importance de ce service, son nom comportait le mot magique : c’était le « Verre pour goûter le Pastis » !
Troisième service ! Ah ! Ce service ! Il portait un nom évocateur de quelque mystère, il sentait un peu l’interdit, l’attrait du fruit défendu, le chocolat que le marmot croque en cachette ! Il plaisait beaucoup à nos deux jeunes pourvoyeurs qui avaient vite compris que même les adultes qu’ils admiraient pouvaient avoir leurs petites faiblesses, comme les pots de confitures, au dessus de l’armoire, qui stimulaient leur convoitise et la recherche du « raid » sans dangers qui leur donnerait accès à ces pots tentateurs ! Pour ce service les doses de Pastis étaient notoirement plus faibles et la mise-en-eau beaucoup plus rapide, de telle façon que rien sur la table n’ait eu l’air d’avoir changé, en cas de survenance intempestive ! Et ce nom évocateur, tous les méridionaux bons teints en sont férus : c’est « La Rincette » ! Nous, nous l’appelions « La Rinçonnette« , une façon de nous approprier le Rite !
Voici donc, Ami nordique, tous les secrets du « RITE Pastisien » qui vous sont dévoilés ! Voila, monsieur Brun, une histoire telle que Daudet aurait pu vous la conter dans le style merveilleux des « Lettres de mon Moulin » !
Maintenant, un conseil : si vous recevez des amis, chez vous, en terre Provençale, ne dites jamais « Alors ? on se le prend ce pastaga ? » ce serait un blasphème tout court. Je n’ai jamais entendu Jean profaner ainsi cette cérémonie. Car, voyez-vous, monsieur Brun, chez nous, le PASTIS …. c’est toute l’âme de notre Provence !!
« Te ! …à la vôtre !! …monsieur Brun » !
Claude

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