FORMATION

Site de formation à wordpress pour l'AADB

FORMATION - Site de formation à wordpress pour l'AADB

L’Enfant et le Poisson

                « Fortune de Mer »

« Moussa…où as-tu encore mis la bouteille du médicament du petit ? »

Le Médicament

Le Médicament

Moussa, c’est le tirailleur sénégalais ordonnance de mon père, qui nous tient lieu de factotum à tout faire ! Le pauvre ne risque pas de répondre à la question de ma mère car il n’a aucune idée du genre de médicament dont il s’agit. La bouteille a disparu et il faudra toute l’astuce et l’expérience de mon père pour la retrouver. Pour le moment je suis le seul à connaître sa cache, pour la très bonne raison que c’est moi-même qui l’y ai mise !
« Pourquoi ? » pourriez-vous me demander si vos souvenirs de jeunesse – à condition d’être de la même « classe » que moi – ne venaient pas vous souffler la réponse.
Les années trente peuvent peut-être paraître aux jeunes ados d’aujourd’hui comme un moment de la préhistoire. Et c’est vrai que la différence dans les conditions de vie, dans le tissus social, dans le style familial est d’une telle ampleur qu’ils sont raisonnablement fondés à nous considérer comme les derniers vestiges du « Cro Magnon ».
Donc à cette époque bénie où les enfants pouvaient sans crainte jouer dans la rue tard le soir, la cellule familiale avait une grande importance et hormis à l’école, ou aux enseignements religieux (toutes religions confondues), les enfants se retrouvaient soumis et régis par l’autorité de la loi familiale dont la détentrice était le plus souvent la Maîtresse de maison – ou la mère de famille, comme vous voudrez !
Il faut se rappeler qu’à cette époque la place de l’enfant dans la société était encore assez mal définie, la seule autorité le prenant en compte autrement étant celle de l’Ecole. Il revenait donc à la « Matrona » (pour parler comme les latinistes) de veiller sur la maisonnée, de promouvoir l’éducation, de suivre l’instruction, de maintenir la vie de la cellule familiale dans le meilleur état possible et, par voie de conséquence d’assurer le meilleur état sanitaire de l’ensemble !
C’est la réponse à votre « Pourquoi ? »
C’est une rude tâche et une sacré responsabilité, pour la « Mamma » (cette fois je parle comme nos amis corses !) que cette veille sanitaire. Il n’y a pas encore de Sécurité Sociale, ni d’Allocations Familiales, et donc de tous les moyens modernes de protéger et surveiller la santé des gosses. Il n’y a pas toute la pharmacopée moderne, le monde des médecins commence tout juste à évoluer (en passant rendons justice au « médecin de famille »), l’hôpital … hum ! il faudrait plutôt dire encore « l’Hospice », bien que son évolution se profile à l’horizon. Donc on le voit la plus grande part de la responsabilité repose sur les épaules de Madame ! Il faut remarquer à ce moment la grande solidarité des mères qui se transmettent – dans leurs rencontres au marché ou au cours des « Thés du Mardi » – toutes les nouvelles sanitaires sur les épidémies en cours – les varicelles, rougeoles, coqueluches, scarlatines et autres qui sont les ennemis redoutables de tous ces bataillons féminins.
Partant du principe que pour être protégé, il faut d’abord s’éloigner de toutes contagions et ensuite présenter face aux attaques sournoises et microbiennes, un état de santé général capable de décourager ces bestioles malfaisantes, les « Mammas » ont développé des plans de prévention qui, en général, ne font pas le bonheur de leur progéniture !
Le seul point positif que nous, les marmots, trouvions à cette construction de prévention, résidait dans ce que l’école fermait à la moindre alerte de coqueluche ou autre soupçon épidémique.
Naturellement ma mère avait, elle aussi, son programme de prévention, d’autant plus que de précédents séjours coloniaux l’avait confortée dans la volonté d’être la sentinelle anti-maladies et la protectrice toujours en éveil de sa famille. Paradoxalement si l’on compare cette volonté de protection et le mode de vie qui était le nôtre à cette époque avec les systèmes prophylactiques actuels, on peut se demander comment nous sommes encore en vie ! Car, si la

Tiré de la Guerre des Boutons

Tiré de la Guerre des Boutons

discipline familiale était assez stricte dans ses grandes lignes, nous les gosses avions une liberté, relative certainement, mais pourtant assez étendue en ce qui concernait nos jeux et nos divertissements. Il n’était pas rare de rentrer à la maison couvert de terre ou de boue (résultat d’homériques combats de « chevalerie ») ou le front barré d’une belle estafilade, résultat de la position d’une branche mal appréciée au cours d’un plongeon dans la rivière ! Tout ceci se réglant par une taloche … et on n’en parlait plus ! Il faut bien croire que le « bouclier anti-missiles » de nos chères mères était efficace puisque nous sommes toujours là !
Mais au fait quel était-il ? Il comprenait deux stratégies : une stratégie de soins et une stratégie de prévention.
La première s’attachait à attaquer le mal le plus rapidement possible, avec les armes appropriées, pour stopper sa progression dans l’œuf. Le Synthol, l’Arnica et la Teinture d’Iode étaient les combattants de première ligne, destinés à traiter les atteintes physiques – et nous n’en manquions pas – telles que coups, gnons, bosses, coupures, éraflures, hématomes, foulures, et toutes ces sortes de choses ! L’alcool à 90° faisait parfois son apparition dans cette bataille, allié que nous n’aimions pas beaucoup vu sa puissance d’attaque qui laissait le champ de bataille fort endolori. Ensuite venaient toute une ribambelle de sirops, de gouttes, de collutoires et de cataplasmes à la moutarde, éléments de combats internes qui intervenaient à la moindre apparition de toux, de reniflements suspects, de rougeurs fiévreuses ou autres signes d’attaques internes.
La seconde stratégie, elle, consistait à préparer le terrain, à l’armer, le renforcer de telle façon qu’il agisse déjà seul dès la première attaque des gloutons animalcules nommés « microbes » ! Une véritable « Ligne Maginot » que la majorité ne connaissait pas encore sous son nom de « Système Immunitaire » ! La construction et l’entretien de cette Ligne commençait dès la petite enfance et durait pratiquement jusqu’à l’âge de l’émancipation. Et cette stratégie était celle qui réunissait le moins de consensus de la gens enfantine en général et de moi en particulier
La tactique consistait à emmagasiner dans le corps le maximum de vitamines, anticorps, bactéries amies, etc… à procéder à un nettoyage complet et annuel de l’appareil alimentaire, estomac, intestins (grêles et gros) de telle façon que le transfert et l’assimilation se fassent correctement. L’assaut était donné, comme vous pouvez le penser, la première semaine de printemps. Pendant que Moussa descendait rideaux et tentures, enlevait housses et dessus de lit pour les soumettre au grand lessivage, le reste de la maisonnée, et ceci pendant une semaine bien tassée, ingurgitait volontairement ou non, force purges au sulfate de soude, accompagnées de larges rasades d’huile de ricin, soutenues si besoin était de lavements aux herbes aux pouvoirs mystérieux ! Le huitième jour les nouveaux Lazare ressuscitaient prêts à affronter les sombres cohortes des maladies les plus diverses ! Enfin, ainsi le pensaient nos chères Mamans ! Mais tout ceci n’était rien, au fond çà ne durait que sept petits jours ! Le terrible ennemi public N° 1, le grand fournisseur de « vitamines », le responsable rapporté des brumes océaniques, ce poisson traqué par les terre-neuvas, ce poisson au nom déjà tendancieux, voilà quelle était la frayeur de nos jours, le cauchemar de nos nuits ! Lourde, glauque, rappeuse, douée du pouvoir de s’accrocher dans les moindres méandres de la cavité buccale, s’imposant au souvenir par des relents dévastateurs, telle était notre ennemi : « L’Huile de Foie de Morue » ! Certains semblaient l’apprécier, tout au moins ne pas la détester, ce qui restera toujours pour moi un mystère ! De mon côté j’avais engagé un combat sans merci contre ce poisson responsable de mes haut le cœur quotidiens et de la torture hebdomadaire du vendredi ! Car ma mère, en bonne chrétienne, proscrivait la viande de sa table ce jour-là et la renommée du

La Pendeloque

La Pendeloque

maudit poisson aidant, nous avions pour tout brouet chaque semaine cette morue dont je n’ai jamais voulu savoir comment ces pendeloques séchées si peu appétissantes arrivaient, entourées de pommes vapeur et de gousses d’ail, sous forme de filets filandreux, du moins je le supposais car, ayant perdu la bataille de l’huile, j’avais gagné, par un refus obstiné, le droit de ne pas en manger. Madame ma mère, sournoisement, essayait bien, en me servant les patates, de glisser quelques morceaux ni vu, ni connu, mais jamais ma vigilance ne fut prise en défaut et mon premier geste était d’écarter avec beaucoup de soins, et très ostensiblement, les quelques miettes que l’on voulait me faire ingurgiter ! Narrer mes années de combat contre l’huile maudite, c’est énumérer toutes les astuces possibles et imaginables qu’un gosse pouvait trouver pour tenter de « perdre » la bouteille, allant même à ramper sur la toiture pour déposer le récipient dans une gouttière, au risque de me rompre le cou ! Combat sans fin et inutile car mon père retrouvait toujours l’objet du délit et ma tentative se soldait par l’ajout d’une dose supplémentaire de l’huile honnie ! Pour l’exemple !

Les années de jeunesse ont passées, « l’Huile » a bien changée (les mouflets d’aujourd’hui l’avalent en capsules sans se rendre compte de leur chance) mais dans mon souvenir il me suffit de fermer les yeux pour retrouver son âcreté envahir à nouveau mes gencives. Cette médication m’a tellement marqué que j’en ai gardé une répulsion incontrôlée et qu’il m’est impossible d’envisager

Le Cabillaud

Le Cabillaud

seulement de porter une bouchée de ce « Poisson » à ma bouche ! Cabillaud frais ou morue salée, c’est pour moi du pareil au même. Je sais, c’est tout à fait irrationnel et, à vrai dire, je n’ai jamais vraiment essayé de combattre cette emprise. Ce qui m’a valu parfois de paraître un parfait goujat en refusant tout net de goûter à un plat (de morue !) lors de repas chez des amis très chers !
Voilà donc, mes amis, la triste histoire d’ «Un Enfant qui n’aimait pas Un Poisson » ! Peut-être parce qu’il eut toujours table servie, tout au long de sa vie, même dans les moments les plus sombres. En aurait-il été autrement si le sort lui avait fait subir le dénuement et la faim ?

Mais, comme le disait Kipling, « Ceci est une Autre Histoire ! »

Un Morutier d'antan

Un Morutier d’antan

Claude

Le garçon et les marmottes

      Un Rêve de Paradis !

Les histoires d ‘amour n’ont pas besoin d’être « dites » !
L’image suffit à les raconter !

Celles que vous allez voir relate la relation harmonieuse entre un garçon de 8 ans, Matteo, et un groupe de 7 marmottes. Il est bien connu que les marmottes sont des animaux assez renfermés qui ont peur de l’homme. Or cette relation a commencé il y a 4 ans et se poursuit de façon ininterrompue avec le clan des marmottes, à chaque visite annuelle de la famille de Matteo dans ces montagnes.
L’explication doit résider dans la perception par les animaux de la sincérité des sentiments du jeune garçon. Cette confiance de la part des marmottes va jusqu’à accepter le présence de la maman de Matteo lorsqu’elle prend ces photos.

Que n’en est-il de même entre nous, les humains !

Mais place à cette vision si rare de paix et de bonheur !

(tiré d’un pps posté par un ami)

Un « Bâtisseur » de Vie

                      « Histoire d’Eau »

« Il frappa de son bâton, par deux fois, le rocher de Meriba et l’eau jaillit de la pierre! »

Je n’aurais eu garde de comparer mon père à Moïse, qui d’ailleurs à l’époque était encore pour moi un parfait inconnu, lorsqu’un soir, dans le poste perdu d’Ankorika, je tirais, pour la première fois, la chainette de la chasse d’eau des cabinets, tout neufs, de notre bungalow !
Ainsi commença la saga d’une année qui devait faire de mon père, capitaine d’Infanterie Coloniale, le héros d’une aventure humaine destinée à amener à toute une population, militaires et autochtones, des conditions de vie dont personne n’avait osé rêver jusqu’alors !
Ankorika ! C’était un poste militaire, situé sur un plateau à l’entrée de la rade de Diégo Suarez, surplombant le village de pêcheurs de Ramen, jumelée avec un fort d’artillerie de marine, Orangéa, sis lui au ras des flots et commandant directement le goulet d’entrée. Ces points de défense avaient été créés par Joffre à la fin du XIXème siècle pour protéger la rade de Diégo (Antsiranana  aujourd’hui), base de la flotte de l’Océan Indien. Après la guerre de 14/18 la valeur militaire en avait bien baissé et l’entretien des infrastructures en avait pâti ! Mon père en prit le commandement en janvier 1931 et je découvris avec excitation mon nouveau lieu de vie au milieu des cannes à sucre, des manguiers et des bougainvilliers : j’avais tout juste 6 ans !
L’Etat des lieux, assez désastreux, accusait leur non-entretien. Les bâtiments du poste (on disait « La Caserne »), les bungalows des officiers et sous-officiers, situés un peu plus bas, n’étaient pas encore en ruines…mais la lèpre tropicale commençait à faire son œuvre. Mon père décida, dans un premier temps, de remettre en état ce qui était le plus abimé, puis de chercher les moyens de rendre la vie le plus agréable possible à cette communauté, en y incluant le village de Ramen dont la magnifique plage était à un petit quart d’heure de descente. Qui dit travaux dit matériel et matériaux. Inutile de compter sur l’intendance militaire à Diégo dont les moyens étaient aussi fort limités. En fait elle ne fournissait aux deux établissements, et une fois par quinzaine, que le strict nécessaire en vivres, médicaments et petit matériel, le tout amené de Diégo par un remorqueur de la Marine. Tout çà n’était pas folichon, ceux qui ont tâté du régime militaire comprendront ! Aussi, par décret des Autorités Supérieures, en l’occurrence mon capitaine de père, le « Système D » reçut ce jour-là ses Lettres de Noblesse !

Premier problème : l’eau ! Un vieux pêcheur sakalave ayant connu la création du poste, disait se souvenir d’une tentative qui avait été faite par les « vazaha » (étrangers) à cette époque pour amener l’eau d’une assez grosse source qui se trouverait dans la montagne. Une patrouille finit par repérer la source qui alimentait une sorte de petit lac. On devinait en effet les restes d’un petit canal, enfoui sous les broussailles, qui avait dû autrefois amener l’eau …où ? Il fut donc décidé de construire, non un canal, trop fragile, mais une canalisation. Les géomètres de la Compagnie ayant fait leur travail, le point d’arrivée se trouva être en contrebas du Poste ! « Qu’à cela ne tienne, l’eau on la montera ! ». J’étais bien trop jeune pour pouvoir apprécier toutes les difficultés de l’entreprise mais ma confiance dans mon « Grand Homme » était totale. Il faut dire que j’avais liberté presque totale, mes travaux scolaires étant accomplis dans la matinée (mes parents furent mes premiers instituteurs) pour faire de ma petite personne tout ce dont j’avais envie. C’est ainsi que je pus participer en « mouche du coche » à toute la saga de modernisation du Poste militaire d’Ankorika !
Qui dit canalisation, dit tuyaux ? Pour qui sait s’en servir la nature fait toujours bien les choses. La région offrait des bambouseraies à profusion. En faire des tuyaux relevait de l’enfance de l’art, les grands bambous proposant des longueurs avec un diamètre assez constant. Pour les relier, des manchons au diamètre supérieur s’emboitaient parfaitement sur les deux tuyaux, l’étanchéité étant réalisée avec une argile rouge assez commune. Alors « les terrassiers » entrèrent en action et une tranchée, coupant à travers la brousse, sur une ligne déterminée par les géomètres, progressa rapidement vers le fameux point d’arrivée … en contrebas ! Une autre escouade, que l’on nommait « les plombiers » s’activait à poser la canalisation, alimentée par les sections de bambous préparées par une troisième escouade, « les forestiers » ! Cette canalisation reposait sur un lit de sable et galets provenant de la plage de Ramen. A lire ce récit on pourrait se poser la question « Mais comment tout ceci était-il véhiculé sur les chantiers ? ». Mais toujours grâce à Dame Nature ! Madagascar possède un bovidé-miracle : le Zébu ! Comme autrefois les bœufs, dans les campagnes de France, il sert à tout ! Les zébus assurèrent donc tous les transports, servant aussi de tracteur pour tirer une espèce de grosse charrue qui ouvrait le premier sillon de la tranchée. Pendant ce temps, au point d’arrivée, un bassin avait été construit. Il devait recevoir l’eau descendant de la montagne par gravité. Et l’eau arriva ! Ouai ! mais elle n’était pas encore là-haut ! Je me souviens de mon père contemplant le bassin qui se remplissait, avec un air dubitatif. Gilbert Bécaud aurait pu lui écrire sa chanson :

Et maintenant que vais-je faire                        Aux robinets de nos bâtiments !
De toute cette eau que j’ai sous la main ?      Oui, Oui, mais Oui, c’est la lumière
Pour la monter, chacun l’espère,                     Qui brille en moi, j’ai trouvé enfin !
Que je vais bien trouver un moyen                 Une éolienne… y’a qu’à la faire,
Qui l’amènera bien gentiment                          Et nous aurons enfin notre bain !

Une éolienne ? Bien sûr ! Et le reste de la Compagnie se transforma en ferrailleurs, soudeurs, tôliers, mécaniciens pour réaliser, toujours avec les moyens du bord, cet objet incongru qui viendrait puiser l’eau en bas, dans le bassin, pour la rejeter en haut. Par chance la compagnie possédait la pompe adéquate pour ce genre d’engin. Les ailes de ventilo servent à faire tourner la pompe. En fait, après quelques essais et beaucoup de cogitation, le moulin aérien fut remplacé par un moulin animal, soit deux mulets qui tournaient en rond sans se lasser ; sous la surveillance d’un tirailleur malgache. Je pense que la réalisation dut donner du fil à retordre, si j’en crois ce que je pouvais voir du haut de mes six ans, durant toute la mise en place du « moulin » ! L’eau fut amenée dans une espèce de château d’eau, construit au point le plus haut du casernement, pour distribuer par gravité jusqu’aux logements des officiers et sous- officiers qui se trouvaient plus bas, le plateau d’Ankorika descendant en pente vers la mer du côté d’Orangea. Naturellement pendant que les équipes du gros œuvre s’acharnaient à la construction, d’autres escouades mettaient en place les canalisations nécessaires à cette distribution …toujours en bambous ! Les seuls tuyaux de plomb, dont mon père avait pu négocier – Dieu sait comment – l’achat à Diégo, servaient à « l’armement », si je puis dire, des bâtiments. Cette période fut pour nous comme un grand jeu, dont nous suivîmes, à pied d’œuvre toute l’évolution.
J’ai dit « nous » car nous étions toute une bande, filles et garçons, rejetons des familles de militaires, tous à peu près du même âge, bande dont j’étais le « chef » (tient dont !) par droit de naissance (re-tient dont !) étant le fils du capitaine commandant la compagnie …et aussi après une bagarre avec un autre prétendant, dont j’étais sorti vainqueur, avec deux bosses, une coupure et un œil au beurre noir, sans compter la fessée dont mon paternel m’avait gratifiée après l’affaire en question ! Cette position n’avait d’ailleurs rien de gratifiant car elle consistait surtout à être le premier en tête de tous les coups tordus que des gosses peuvent inventer et, par voie de conséquences, à en assumer la responsabilité quand la justice paternelle rendait son verdict (Aïe …mon fondement !)
Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos robinets. Les travaux terminés, les essais exécutés, le verdict de viabilité, qui bien que n’étant pas « NF » avait toute sa valeur, rendu par le Maître d’œuvre, le grand moment tant attendu allait enfin arriver ! Le jour de la cérémonie, qui pour nous était bien plus émotionnante que n’importe quelle ouverture d’autoroute aujourd’hui, fut fixé, le lieu serait le bungalow du Chef de corps et tous ceux qui voudraient y assister le pourraient, hormis les militaires d’astreinte de service et ceux qui manœuvreraient les vannes d’ouverture du château. Au jour dit, quasiment tout le poste était là, autour du bungalow, la place ne manquant pas comme aujourd’hui dans nos cités ! Un téléphone de campagne reliait mon père, en grand uniforme pour la circonstance, aux préposés aux vannes. Mais quelle allait être la preuve de l’arrivée de l’eau dans le bâtiment ? Mon père qui était plutôt pince sans rire et possédait une bonne dose d’humour, décida que ce serait la chasse des waters (signe incontestable de l’arrivée de la « civilisation » !) dont le local était visible de l’extérieur, toutes portes ouvertes, et que le manipulateur serait …son fils !

Le jour est arrivé ! L’heure va sonner ! Dans le petit local, avec un sous-off contrôleur, fier comme aucun paon ne saurait l’être, je suis à poste, la main, tremblante d’excitation, crochée sur la poignée de la chainette, et j’attends ! Dring ! le téléphone transmet l’ordre d’ouverture (naturellement les canalisations étaient déjà pleines après les essais, l’ouverture des vannes les mettant en charge). Dans un silence de cathédrale, mon père lève le bras, le mien se raidit…le bras, frappé des trois galons, s’abaisse et je tire la chaine !
Jamais le gargouillis de nos chasses d’eau, ce bruit que tout le monde entend et que personne ne connait, ne fit autant de bruit que celui-là ! Il fut suivi d’une immense clameur de hourra. Je ne connaissais pas encore le mythe de Prométhée, donnant le feu aux hommes, mais si je l’avais su, je crois bien que je me serais facilement identifié à lui !

Imaginez ! Je n’avais pas 7 ans et j’étais la main qui avait donné l’eau sans laquelle il n’y a pas de vie, à toute une communauté vivant au fin fond de la brousse

Et « l’Eau courante » …s’il vous plait ! !

Emplacement du Poste

Emplacement du Poste

Batterie - Orangea

La Batterie d'Orangea

L'entrée du Poste

L'Entrée du Poste

Les ruines

Les ruines du Poste

Les cannes à sucre

Les Cannes à sucre

Les manguiers

Les Manguiers

Bougainvilliers

Bougainvilliers

Les bambous

Les Bambous

Les filaos

Les Filaos

Le zébu

Un Zébu

Les WC

Les WC du bungalow

Emplacement du PosteLa Batterie d'OrangeaL'Entrée du PosteLes ruines du PosteLes Cannes à sucreLes ManguiersBougainvilliersLes BambousLes FilaosUn ZébuLes WC du bungalow

C.F.

Une Nuit au Maquis

              Marche ! Petit soldat ….

1942 ! Les Nazis violent la « Ligne » et en quelques jours envahissent le reste de la France.
Une colonne – spécialisée dirais-je – fonce vers Toulon et son port de guerre où stagne toute la Flotte.
J’habite Toulon et j’ai 17 ans ! Les explosions des charges de sabordage ont réveillé la ville et, sous l’énorme nuage noir qui commence à recouvrir le port, comme un voile de deuil, tout le monde se précipite pour avoir des nouvelles. Je suis descendu en ville, aux 4 coins de la  place de la Liberté les blindés siglés svastika , les tankistes aux sinistres uniformes noirs qui se baignent dans le bassin sous la statue, je crois avoir inconsciemment pris, ce jour-là, la décision de rejoindre le maquis quand je le pourrais.
1943 ! Les bombardements anglo-américains s’intensifiant sur Toulon, ma mère, inquiète pour moi qui était le plus souvent en ville, décida de partir pour une cité que nous connaissions bien, Mont de Marsan, et où elle espérait que le temps serait plus calme !

La MadeleineMont de Marsan

La Madeleine
Mont de Marsan

Je ne parle pas du voyage qui ressembla, à cette époque, à « Mission Impossible », de la petite villa que nos amis montois nous avaient trouvée, aux portes de la ville, tout à côté d’une batterie de la Flak (O ironie !) et du premier bombardement de l’aérodrome le soir de notre arrivée. Pour ne pas être dépaysé peut-être ! Comme il fallait bien remplir la marmite, ne serait-ce que de rutabagas, et que les transferts bancaires n’avaient pas encore acquis la rapidité d’aujourd’hui, je trouvai du travail dans une scierie. A l’époque on n’était pas très regardant sur les qualifications ! Le scoutisme étant interdit sur la zone occupée, car elle était toujours sous ce statut, ayant été scout-routier à Toulon et mon besoin de résistance me titillant, je repris la troupe tombée en léthargie par le départ de son chef …au maquis. Cette activité qui, par ailleurs nous valut, aux garçons et à moi, quelques sueurs froides, m’amena à connaître le Commissariat à la Jeunesse (Vichy) et les directeur et adjoint, anciens militaires qui avaient intégré ces postes après la démobilisation ayant suivie l’armistice : un capitaine de la biffe et un sous-lieutenant pilote de chasse. Je dois reconnaître qu’à ce moment-là je ne les avais pas tenus en grande estime ! Et j’avais grandement tort car ils étaient tout simplement les chefs de la Résistance du secteur. Je ne l’appris que plus tard. Un soir le pilote vint me trouver : « Demain on part au maquis ». Le débarquement se précisant, les groupements armés avaient reçu l’ordre de faire le plein. Je partis donc un soir, la musette en bandoulière, sous le regard mouillé de ma mère, telle ces bretonnes qui voyaient partir leurs fils sur les Grands Bans, néo-terre-neuvas !
Les premiers temps ce fut une vie presque normale pour moi, d’autant plus que le régime alimentaire n’avait que peu de points communs avec celui que connaissait la population. A 19 ans et après 4 années de « ceinture », çà compte ! Mais mon propos n’est pas de tenir un journal de vie mais de montrer que, quel que soit le courage, réel certes, dont on fait montre, il y a des moments où le moindre trou de souris dans la terre serait le bienvenu !
Avec le débarquement de Normandie, les maquis s’étaient mis en branle, abandonnant la guérilla pour la guerre, pas toujours d’ailleurs à l’extrême satisfaction des populations. Pour notre part, nous commençâmes par « délivrer » Mont de Marsan. Passer dans les rues, sous les vivats, toutes les fenêtres arborant des drapeaux tricolores, les filles se précipitant, le bouquet à la main et le baiser sur les lèvres, provoquaient chez nous, surtout les jeunes, comme une overdose de champagne !

Le pont de Bats

Le pont de Bats

Las ! En fin d’après-midi une colonne blindée était signalée, devant traverser la ville en venant de Dax. Nous primes position sur une voie ferrée traversant la route d’accès en hauteur et vers minuit la colonne fut en vue. Les 2 premiers side-cars de la Wehrmacht explosèrent sous les rafales de fusils mitrailleurs et la danse commença, absolument en aveugle, d’un côté comme de l’autre. Chaque adversaire dut recevoir en même temps l’ordre de battre en retraite car soudain les tirs cessèrent, le feu d’artifice des traçantes s’éteignit et chacun s’en retournât par où il était venu. Nous apprîmes plus tard que la colonne avait cherché une autre voie de passage. Quant à nous, nous retraversâmes Mont de Marsan, en sens inverse. Plus de vivats, plus de drapeaux, plus de bouquets, plus de jeunes filles, des volets cadenassés, un silence de tombeau dans une ville écrasée par la peur !

Ainsi va la guerre, on ne reste jamais longtemps au même point. Notre groupement fit mouvement vers Bordeaux, libérant au passage, si l’on peut dire, tout ce qui se trouvait sur sa route. Après jonction avec d’autres groupes, nous fûmes envoyés sur la Pointe de Graves, toujours aux mains de l’ennemi, lequel n’en voulait pas démordre ! Et c’est là que j’ai connu la nuit la plus atroce de toute ma « carrière » militaire.
Requinqués par les quelques jours que nous avions passés dans Bordeaux libéré, nous primes nos quartiers dans un petit village de la Pointe. Un kilomètre plus loin, les lignes allemandes ! Notre patelin était aussi un nœud de communications routières, d’où son intérêt. Notre troupe cantonnait dans toutes les maisons du village, fort bien acceptée par la population dont pas une âme n’avait fui. Pour ma part, j’avais été nommé « agent de liaison » du commandant (mon capitaine montois). Comme chacun le sait, un agent de liaison doit toujours être à portée de voix. Cette obligation avait le grand avantage pour moi de loger près de mon chef. Et comme celui-ci logeait au seul hôtel du coin …obligation d’autant plus douce que l’hôtelier avait une fille de mon âge et à laquelle je n’étais pas indifférent ! Un autre avantage, dont je n’étais pas très fier, était une dispense de patrouilles et de garde aux avants postes.
Alors les dieux se mirent de la partie ! Un braco qui bravait le no-man’s land et traversait régulièrement les lignes nous avertit que des commandos de la Kriegsmarine semblaient préparer un gros coup pour tenter de se dégager. Le commandement renforça donc sérieusement le point soupçonné et le problème de personnel pour les gardes d’avant-postes se posa. Lequel fut résolu illico par la désignation de tous ceux qui jusque-là n’avaient pas été utilisés. Et je me retrouvai donc un soir en route pour un point d’appui, réputé sensible bien sûr, car des patrouilles de l’autre bord y avaient souvent tenté des incursions !

Le "Poste"

Le « Poste »

Le poste était en réalité un verger de pommiers, assez touffu, en bordure d’un sentier herbeux. Son propriétaire devait être un normand égaré en Gironde ! A quelques cinq à six cents mètres en arrière un genre de petit blockhaus de sacs de sable, pourvu de deux fusils mitrailleurs et d’une mitrailleuse Remington, avec 4 servants, devaient en principe stopper et fixer les casques à pointe qui auraient pu franchir l’obstacle du verger, c’est-à-dire deux hommes …dont moi ! Notre mission n’était pas prévue pour être héroïque, bien au contraire : nous devions tendre nos deux oreilles aux bruits de la nuit, les interpréter et si nous avions acquis la certitude d’une approche inamicale, cavaler fissafissa vers le point d’appui pour laisser le soin aux mitrailleurs de régler la question. C’était clair, net et sans bavures, sauf que la côte n’était pas vraiment en notre faveur. Lorsque nous primes notre garde, un copain essentiellement cuistot et moi, le verger déjà sombre dans la nuit qui tombait nous parut encore plus inhospitalier. Mais…bah ! On y était, alors … « Haut les cœurs, fils de France ! Ouvre les yeux (et surtout les oreilles !) Que la Force soit avec toi ». Dans ce genre de situation, le plus dur n’est pas de s’y mettre mais de conserver le tonus, surtout dans le noir. Il est bien connu que l’attention s’émousse au fil des heures, surtout si elle doit être soutenue. Nous devions bien être là depuis 3 ou 4 heures, ne communiquant entre nous, dans un noir abyssal, que par chuchotements de bouche à oreille, lorsqu’une petite brise se leva, n’arrangeant en rien nos conditions climatiques. Et le temps passa !
Nous commencions à ressentir sérieusement les effets de la fatigue et de la tension nerveuse lorsqu’un léger bruit de feuilles froissées nous alerta. Complètement tétanisés nous n’étions plus que quatre oreilles cherchant à analyser les bruits qui nous parvenaient. Les froissements reprenaient, par intermittence, disparaissaient, reprenaient, jamais tout à fait dans la même direction. Et puis des chocs sourds – tap..tap..tap, tap …- des pas,…des pas et puis plus rien. Et soudain, dans une autre direction, des bruits similaires, des froissements  …des tap, tap ! Nous deux, figés tels les statues de sel de Sodome, n’osant même plus chuchoter, le doigt crispé sur la gâchette de nos Stens, communiquant par des pressions manuelles, nous commencions, je crois bien, à sombrer dans une espèce de paranoïa refoulée, cherchant désespérément à

Angoisse !

Angoisse !

donner un sens à tous ces bruits. Fallait-il nous intégrer au sol encore plus que nous ne l’étions déjà ? Ou bien foncer en hurlant vers le point d’appui, pour les avertir, au risque de déclencher sur nous les rafales de schmeisser ? Oui mais alors on faillissait à notre mission ? Incapables de prendre une décision car n’ayant pas du tout réussi à analyser nos bruits, nous n’avions plus qu’à attendre la fin, la mort, cloué sur notre tronc d’arbre par une rafale ! D’autant que les bruits infernaux augmentaient. Il y en avait partout maintenant, tout autour de nous aussi ! Toute l’armée allemande était là, guettant notre fin, reculant sadiquement l’instant de notre mise à mort !

Combien dura ce calvaire, je ne saurais le dire, même aujourd’hui. La brise avait un peu fraîchie, dans une aube glauque, sur notre verger où s’étiraient des écharpes d’une brume lourde et dense. Le jour peu à peu se faisait enlevant aux choses leurs formes fantomatiques. Nous étions toujours là, crispés sur nos armes, tout étonnés d’être encore en vie ! Nous étions seuls ! Peu à peu tout reprenait sa place, le chemin herbeux, le fossé boueux, le verger dont les arbres, des pommiers, étaient légèrement secoués par des risées ! Puis un rayon de soleil perça la brume et la lumière fut !
Les bruits de cette nuit dantesque continuaient et sous nos yeux effarés, dans nos oreilles étonnées, l’armée nocturne de nos ennemis apparaissait : le bruissement des feuilles agitées par la brise, le tap, tap de pommes trop mures chutant sur le lit des feuilles mortes, voilà les phalanges qui avaient failli nous faire perdre la boule, les hordes ennemies qui nous avaient cloués au sol !

J’ai compris ce jour-là que je ferais un très mauvais fantassin et je suis devenu aviateur …dans la R.A.F. !

C.F.

HANOÏ

         J’étais jeune, il est vrai ….

J’ai commencé très tôt à bourlinguer de par le vaste monde. A 1 an j’étais au Maroc, j’ai fait mes 6 ans sur le navire qui nous emmenait vers Madagascar, à 11 ans j’abordais les rives tonkinoises, en attendant Hong-Kong et Shanghai, le tout entrecoupé de séjours, assez courts, en métropole. Ceci pour dire que j’ai vécu très proche de populations assez différentes. Elevé par un père marsouin, colonial dans l’âme et définitivement anticolonialiste par la philosophie humaniste qui était la sienne, j’ai toujours considéré, et cela depuis mes plus jeunes années, qu’un « blanc » ne valait pas deux ou trois « jaunes » ou une bonne demi-douzaine de « noirs » !
Et pourtant … une fois, une seule, – mais quel remord – j’ai obéi à la loi du milieu, un milieu que je rejetais pourtant tant il m’inspirait de mépris.

Lycée A. Sarraut

Lycée A. Sarraut

A 11 ans j’entrais en 6ème (classique bien sûr !) au lycée d’Hanoï. Les mutations des officiers de la Coloniale étaient à peu près calquées sur les périodes scolaires, au moins pour ceux qui étaient en charge de famille, ce qui permettait aux lardons  de ne pas manquer un jour de classe (au grand dam des dits-lardons). Le régime colonial étant alors en avance de quelques décennies sur la métropole, nous étions « mixtes », garçons et filles, ce qui a une grande importance dans mon récit. Le lycée était par ailleurs fréquenté de la même manière par les enfants des classes moyennes autochtones. Par goût, et par l’habitude de mes années coloniales précédentes, mes amis se situaient plus dans les rangs des tonkinois et, bien sûr des tonkinoises ! Les petits « euros » (ainsi nommaient-on les jeunes français…déjà ?) ne m’inspiraient pas un grand intérêt, vu la morgue parentale dont ils faisaient preuve, ce qui par contre les isolaient dans des clans fermés, avec déjà une classification allant des officiers et administrateurs subalternes au top des officiers supérieurs et des Résidents de haut vol ! Le porte-étendard de ces « jeunes messieurs » était d’ailleurs le fils du Résident Général qui mobilisait voiture officielle et chauffeur (annamite) pour tous ses déplacements scolaires ! Bien sûr j’avais aussi quelques amis « blancs », ne serait-ce que parmi les familles de l’unité que mon père commandait. Mais mon grand ami – celui que l’on qualifie d’intime – était un tonkinois, second d’une fratrie de cinq, dont le père était  commerçant dans l’alimentaire. Un même goût pour le tennis nous avait rapprochés et, comme nous étions de la même force en classe, mais avec des centres d’intérêt différents, nulle rivalité ne venait ternir notre amitié.
Cette mise en place, peut-être un peu longue, est pourtant nécessaire à la compréhension de ce qui m’est arrivé.
J’ai dit que Nguyen – ainsi se prénommait-il – était le second rejeton. La première place revenait à sa sœur qui, elle, répondait au nom de Maï Lan (fleur d’orchidée) ! Ceux qui ont vécu en Extrême Orient me rendront justice, quand une orientale est belle, elle n’a rien à envier à nos starlettes de charme. Donc Maï était belle et, malgré son jeune âge, 12 ans, comme toutes ses consœurs tonkinoises, déjà très …féminine ! Je dois dire que les petits coloniaux, par rapport aux métropolitains, étaient très en avance sur la connaissance des rapports entre filles et garçons et les actions masculines consistant à tirer les tresses des filles, étaient depuis longtemps rangées au magasin des souvenirs ! Je dois pourtant reconnaître qu’il se passa presqu’une année avant que nos rapports évoluent.
Nous passions à la fin de l’année scolaire un examen – il n’y avait pas encore le déterminisme du livret scolaire quant aux possibilités de changer de classe – et nous savions, nous les élèves, l’importance attachée par les parents, toutes nationalités confondues, à ce que cet examen soit positif ! J’ai omis, pardonnez-moi, d’indiquer que Nguyen, Maï et moi étions dans la même classe de 6ème. Nguyen, second de la classe, ne se posait pas de questions sur le résultat. Il n’en allait pas ainsi pour sa sœur et moi, qui sans être dans les bas-fonds (comme le fils du Résident, tient !) n’étions pas non plus dans le trio de tête. Nous voilà donc attelés, ensemble, à une espèce de bachotage avant la lettre, ce qui nous prit tout un mois et nous rapprochât beaucoup ! Nos efforts, notre entraide, le sérieux de nos révisions, supervisées par Nguyen, nous rapportèrent de sérieux dividendes et nous finîmes la course en tête pour le passage en 5ème !
Jeune VietnamienneLes vacances, cette année-là, furent merveilleuses : tennis, canotage sur le Grand Lac, randonnées en vélo pour me faire découvrir le Tonkin (on ne disait pas encore le Viêt Nam) avec arrêt dans un monastère bouddhiste pour un thé brûlant, sorties en baie d’Ha Long, rêveries nocturnes sur les berges du Grand Lac orchestrées par le concert des crapauds-buffles, échanges de petits mots (pas encore d’e-mail par chance), tout cela mis bout à bout ne pouvait aboutir qu’à un resserrement certain des liens d’amitiés qui nous unissaient . Liens qui allaient se transformer, avec la rentrée des classes, en quelque chose de plus profond sans que cela soit exprimé, une complicité, que j’aurais qualifiée d’amoureuse si j’avais eu 20 ans ! Notre classement nous donnait le privilège de choisir nos places dans la salle de classe principale. Il va sans dire que Maï et moi nous retrouvâmes côte à côte, avec l’astuce de ne pas être au premier rang !
L’année scolaire débuta sur les chapeaux de roues, résultat d’une certaine émulation entre nous deux. Elle voulait certainement me montrer que la jeunesse tonkinoise n’était pas toute dans les rizières et moi, j’avais à cœur de rehausser un peu le prestige des petits blancs, fortement mis à mal par l’arrogance de jeunes crétins même pas capables d’avoir un niveau scolaire acceptable. Le premier trimestre de notre 5ème se déroula donc dans une douce euphorie, déroulant ses jours de classe studieux où chacun apportait à l’autre le coup de pouce attendu, si cela s’avérait nécessaire. Mais les dieux sont souvent jaloux du bonheur des humains (comme nous l’apprenait notre prof d’Histoire Ancienne) et un chausse-trappe allait se creuser sous mes pieds. J’aurais peut-être compris si j’avais été plus âgé mais je n’étais encore, à vrai dire, qu’un gosse qui faisait l’apprentissage de la vie.
Mon père avait « touché » au dernier arrivage, un jeune lieutenant tout frais émoulu de Saint Cyr et nanti d’une jeune épouse, dite de bonne famille, qui pensait être arrivée en pays conquis, ayant décidé que les « boys » et les « congaïs » n’étaient là que pour la servir. Hélas ! Je ne me suis rendu compte que beaucoup plus tard de la petitesse d’un tel jugement, subjugué que j’étais par l’aura de « CYR », auquel naturellement on me destinait plus tard. Au demeurant un jeune officier charmant, très disert, plein d’enthousiasme et plein de …préjugés ! En particulier la colonie ne présentait pour lui qu’un moyen « d’arriver » en utilisant toutes les ressources et les moyens que le pays pouvait fournir. Aveuglé par les histoires de shako, de casoar, de gants blancs et de sabre au clair, je n’ai pas vu se construire le piège où allait sombrer une douce amitié et surtout une confiance réciproque, un piège où j’allais me montrer avec le visage de ceux-là même que je méprisais.

A la saison chaude, les européens et aussi les tonkinois allaient souvent se promener, à la nuitée, sur les berges du Grand Lac, espérant y trouver quelque fraîcheur. Le silence étant de bon ton, les conversations feutrées ne troublaient pas le calme de ces nuits, profondes comme des univers. L’année précédente j’y étais souvent allé, avec Nguyen et Maï et nous nous allongions sur l’herbe rase, sans un mot, contemplant un ciel peuplé d’étoiles inconnues. Le premier trimestre avait vu quelques-unes de ces sorties nocturnes avec une différence pourtant, la main de Maï cherchant la mienne, un geste simple qui nous emplissait pourtant de plénitude.
Et vint le soir fatidique où j’ai perdu mon honneur d’enfant !
Ma mère s’était occupée, comme à son ordinaire, d’aider le jeune ménage dans son installation et celui-ci était entré peu à peu, non pas dans notre intimité, mais dans une relation plus fréquente que beaucoup d’autres amis. Ainsi étaient-ils souvent présents dans nos petites balades nocturnes, chose qui ne m’enchantait guère d’être à la remorque des adultes. Je trainais derrière les deux couples ce soir-là, rêvant à d’autres balades ! « Claude !! » Mon prénom claqua comme un coup de tonnerre dans cette nuit sereine, alertant mes parents et le jeune couple. C’était Maï, assise en contrebas, avec son frère et ses parents, qui, me voyant passer sans la voir, m’avait appelé pour se signaler. Surpris, je mis un moment à réagir et j’allais me précipiter vers elle lorsque la jeune femme qui s’était approchée, laissa tomber un « Mais c’est une congaï » si méprisant que j’en fus cloué sur place. Le couperet venait de tomber !
Mes parents, qui étaient bien sûr au courant et ne trouvaient rien à redire à mes relations « indigènes » n’osèrent pas – pourquoi ? – relever l’injure, saluant simplement les parents de mes amis. Et moi, qui aurait dû courir vers elle, sous le regard glacial de la « Lieutenante », je baissai les yeux, tournai les talons et rejoignis mes parents !

Le lendemain, au lycée, la place à mes côtés était vide ! Et tous les élèves tonkinois de la classe, qui étaient tous mes copains ne m’adressèrent plus jamais la parole. Cinq mois plus tard je partais pour Shanghai où le bataillon de mon père avait été envoyé en renfort. Mais les dieux sont parfois cléments ! A la gare d’Hanoï, accoudé à une fenêtre du train qui allait nous emmener à Haiphong, pour prendre le paquebot pour la Chine, je vis, alors que le convoi démarrait, a moitié cachée par un pilier de la verrière, Maï, ma Maï, qui était venue pour un adieu définitif !

Non je n’ai pas pleuré ! Non je n’ai pas souffert au sens strict du mot ! Je crois que je devais être trop jeune pour ça ! Mais une certitude, ce soir-là, s’est ancrée en moi : c’est que nous sommes tous fait de la même pate et que le mépris que nous pouvons porter à un autre, parce qu’il n’est pas fait comme nous … c’est à nous même que nous le portons !
C.F.

ASSEMBLEE GENERALE ORDINAIRE 24-03-2013

       Notre A.G.O. 2013

Cette année, en ce dimanche des Rameaux, jour statutaire de notre Assemblée générale, nous commémorerons le 50ème anniversaire de la mort du Père Arribat et célébrerons celui de la création de l’AEC.

Lire la suite :  convocation AGO 24 mars 2013 C

Il est très important que nous fassions le maximum pour être présents. l’AADB ne peut être vivante que par ses membres. Ne lui refusons pas la vie !
Si vous ne pouvez venir, surtout envoyez votre procuration !

A propos de « Jeunes » !

Femme au crayonUn interview du Père John WILLIAMS

Ce jour là, j’ai eu la chance de pouvoir m’entretenir à plusieurs reprises avec le Père John, qui cumule toutes les charges : Professeur de Langues, Délégué auprès des Anciens, et Lui-même Ancien. J’ai essayé, tant bien que mal, de me faire « Porte Paroles » de Claude, hélas absent, et de mes copains.
A ma question  « comment mieux aider les Enfants », John m’a bien fait comprendre que ce ne serait pas par une approche plus ou moins directe des élèves. Les obligations légales et les préoccupations actuelles des Chefs d’Etablissements, ne permettent pas à ceux-ci de favoriser l’accès d’E‰trangers à l’intérieur d’une communauté d’Enfants.
Par contre la situation de beaucoup de « Jeunes Anciens », les 16 à 25 ans, ceux qui viennent de quitter La Navarre, préoccupe l’ensemble des Cadres et intervenants de l’Ecole, sur le plan de l’emploi, de la formation, et même, de l’encadrement dans la vie de tous les jours. Le Père John souhaite que nous portions cette aide et cette assistance.
Il faut rappeler que Marcel avait proposé, en 2003-2004, des actions répondant à ces préoccupations, et que cela n’avait pas été suivi d’effet à l’époque. Les temps changent ? oui, mais les questions restent !

Plus tard, à table, je l’ai à nouveau entrepris de présenter quelques sujets, principalement sur les Prix. Plusieurs d’entre nous souhaitent « conserver » ces Prix. Mais pour satisfaire notre volonté de faire participer les élèves à notre journal Navarre-Infos, j’ai répété combien nous souhaitons publier des travaux des élèves. Deux prix sur les trois pourraient récompenser des relations de voyages, ou même des textes d’  « invention », à la manière d’un auteur.
Le Père John a bondi sur l’idée de transformer certains travaux en concours. Le troisième prix serait toujours attribué à l’élève représentant l’excellence Salésienne. Et les bénéficiaires seraient toujours désignés par les Cadres de l’Institution.

 Recueilli par notre reporter Yves Prigent

Les Rois – le 3 février 2013

Déroulement de la journée

Messe concélébrée par les Pères PELLERIN et WILLIAMS.
Chants avec l’aide des sœurs de Palabra Viva. Epitre lu par Bernard MAS.

Les Rois Mages

Les Rois Mages

Apéritif offert et préparé (s’il vous plait) par Bernard MAS (espérons que ce généreux donateur perdurera ou fera des imitateurs) et servi par Michel PIERRE
Environ soixante personnes ont assisté au Repas. Celui-ci était très correct : l’entrée un peu trop tiède pour des gésiers confits, bon couscous, ration largement suffisante, Fromage un peu rare mais bon, Dessert aux Framboises et crème, succulent.
Bernard CADIN a pris des photos, à transmettre.   (voir Les Rois 2013)
Le loto était agrémenté de nombreux lots, surtout de vins, et d’un jambon. Et c’est moi qui l’ai gagné, avec un simple pauvre carton. Mais les copains ont su me faire comprendre qu’ils étaient tous volontaires pour m’aider à le consommer. C’est une démarche charitable et de bon sens, vu mon régime ! Je n’ai plus qu’à préparer une raclette. La maison sera elle assez grande ?

Le Futur
Le Mot du Président, entre « Fromages et Poires ». Il s’est félicité d’avoir amené de nouvelles coordonnées de jeunes Anciens, puis a entrepris de nous présenter le programme du 24 mars. J’ai cru comprendre que l’AGO commencerait à 09 Heures 15, pour durer le moins longtemps possible
Cependant il serait bien prévu d’élire de nouveaux membres au Bureau. Plus question de modifier les Statuts.
Ensuite, dans la foulée, comme d’habitude: Cérémonie des Rameaux et Messe.
A la fin de la Messe, tant qu’ILS nous tiennent dans la Chapelle, intervention des « Romains » (ou du Romain, car il y aurait, déjà, une personne qui ne viendrait pas) et des personnes qui ont bâti le dossier de demande de béatification du Père Arribat..

Lire :APPEL AUX ANCIENS DE LA NAVARRE

Il faudra être sage, le 24, car il y aura le Président des ADB .

Yves PRIGENT

PS – Le CR complet et la galerie photos sont en préparation

APPEL AUX ANCIENS DE LA NAVARRE

Chers Anciens et Amis de La Navarre,

Dans son éditorial, notre Président, Marcel CALCAGNO, nous présente dans ce Navarre infos de décembre 2012, et de manière détaillée, les activités et rencontre prévues pour cette nouvelle année 2013.
Vous pourrez noter la richesse du programme du 24 mars 2013, dimanche des Rameaux, jour statuaire de notre assemblée générale, et cela depuis l’origine de l’association qui fut fondée sous l’impulsion du Père Arribat. , dont notre Délégué, le Père John WILLIAMS, nous rappelle quelques faits de la vie du « Saint de la Vallée ».
Lors de notre Assemblée Générale Ordinaire, nous élirons de nouveaux membres du Conseil d’administration qui doit en comporter 12, or nous ne sommes actuellement que huit et certains souhaitent avoir des rôles plus effacées. Nous invitons plus particulièrement les anciens des années 57/80, résident en PACA, à se porter candidats.
Et c’est dans le but de retrouver, parmi nous, le plus grand nombre de « jeunes » anciens, que notre Président, aidé des archives scolaires et surtout des journaux de bord de Monsieur Marcel RENAULT, consacre l’essentiel de son temps à trouver les éléments pour les contacter.
Vous qui avez la chance de recevoir ce Navarre Info, réservez votre journée du 24 mars 2013, et rejoignez nous dès le matin pour l’assemblée générale,  et les rencontres en souvenir du Père Arribat et fêter aussi le cinquantième anniversaire de l’AEC. Tous ceux qui sont à jour de leur cotisation (20€ par an), reçoivent leur carte de membre des ADB, et peuvent donc profiter des tarifs spéciaux des  villages AEC (Voir la dernière page du N.I.).
Mais nous vous attendons aussi le dimanche 3 février, pour fêter la Saint Jean Bosco, et tirer les rois ensembles.

Dans la liste des anciens et Amis à jour de leurs cotisations, vous trouverez les numéros de téléphones de Marcel CALCAGNO, de Michel PIERRE et des autres membres du conseil. N’hésitez pas à les appeler et à leur poser toutes les questions qui vous intéressent dans le cadre de l’association..

Le 3 février et le 24 mars 2013, Venez nombreux écouter les plus hautes autorités salésiennes romaines et françaises vous parler du procès en béatification du Père Arribat et aussi des ADB et des AEC .

En attendant de vos nouvelles, l’équipe de la rédaction, Le Père John WILLIANS, Marcel CALCAGNO, Claude FABRE, Michel PIERRE, Bernard CADIN, Anne-Marie LASSUS, Yves PRIGENT, ainsi que  tous les membres du Conseil, vous souhaitent  un joyeux Noël et de bonnes fêtes de fin d’année.

A bientôt.

[ + ]